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VINOFILO

Histoires, terroirs et savoir-faire du vin

Vin bio, biodynamique, nature : trois mots, trois mondes différents

Le bio est une loi, la biodynamie un label privé, le « nature » une promesse sans définition. Ce qui se cache vraiment derrière les trois étiquettes du vin.

Vin bio, biodynamique, nature : trois mots, trois mondes différents

Au comptoir d’un caviste, aujourd’hui, trois mots font plus de bruit que n’importe quelle appellation : bio, biodynamique, nature. On les prononce souvent comme s’il s’agissait des barreaux d’une même échelle, du plus tiède au plus pur. Ce n’est pas le cas. L’un est une catégorie définie par la loi, l’autre un label privé à l’orientation quasi philosophique, le troisième une idée partagée par une communauté mais dépourvue de périmètre juridique. Les confondre n’est pas un péché grave, mais c’est passer à côté de l’essentiel : chacun répond à une question différente.

Le bio : une règle écrite, et contrôlée

Le vin biologique est le seul des trois à s’appuyer sur un texte de loi. Pendant des années, l’Europe n’a reconnu que les raisins bio : l’étiquette indiquait « vin issu de raisins de l’agriculture biologique », car le chai restait un no man’s land. Le tournant est venu avec le règlement d’exécution (UE) 203/2012, qui, à partir des vendanges 2012, a fixé les pratiques œnologiques autorisées pour qu’on puisse aussi appeler le vin lui-même « biologique ». Aujourd’hui, le cadre général est le règlement (UE) 2018/848, appliqué depuis le 1er janvier 2022.

À la vigne, cela signifie ni désherbants ni engrais chimiques de synthèse, avec le cuivre et le soufre pour principaux moyens de protection, et trois ans de conversion avant que les raisins puissent se dire biologiques. À la cave, cela veut dire une liste de substances autorisées plus courte que d’ordinaire et quelques techniques interdites : parmi elles, la désalcoolisation partielle, l’électrodialyse, la concentration partielle à froid, l’élimination physique de l’anhydride sulfureux. Les traitements thermiques restent possibles, mais jusqu’à 75 °C, et la filtration ne peut pas descendre sous des pores de 0,2 micromètre.

Le chiffre le plus cité concerne les sulfites. Un rouge sec bio (moins de 2 grammes par litre de sucres résiduels) peut en contenir 100 milligrammes par litre au maximum, un blanc ou un rosé sec 150 ; pour les autres vins, le plafond est inférieur de 30 mg/l aux limites générales, qui pour les secs conventionnels sont de 150 et 200 mg/l. Le tout est contrôlé par des organismes de certification agréés, sous surveillance publique. Le bio, en somme, ne dit rien du goût ni du style : il garantit une méthode, et c’est le seul des trois sur lequel le consommateur bénéficie d’une protection légale.

Le biodynamique : une idée avec une marque

La biodynamie naît des conférences que Rudolf Steiner, fondateur de l’anthroposophie, donna en 1924 à Koberwitz, dans la Silésie allemande de l’époque. L’exploitation agricole y est pensée comme un organisme clos et autosuffisant, et le travail suit des préparations codifiées : la 500, du fumier fermenté dans une corne de vache et répandu sur le sol, et la 501, de la silice broyée pulvérisée sur les feuilles, sans oublier celles destinées au compost. Beaucoup suivent aussi un calendrier qui tient compte des phases de la lune.

Là, la loi s’arrête. Il n’existe pas de « biodynamique » européen : il y a des labels privés, dont le plus connu est Demeter (en France, Biodyvin est également présent). En règle générale, ces cahiers des charges présupposent la certification bio et y ajoutent leurs propres règles. Dans la version française du cahier des charges Demeter pour la vinification, par exemple, la fermentation doit démarrer avec des levures indigènes et les sulfites totaux descendent à 70 mg/l pour les rouges secs et 90 pour les blancs et les rosés secs ; les détails peuvent varier d’un pays à l’autre et d’une révision à l’autre.

Sur le plan scientifique, les preuves que les préparations produisent par elles-mêmes des effets mesurables sont minces et discutées. Sur le plan pratique, en revanche, la biodynamie impose un soin de la vigne, une observation quotidienne et une réduction des intrants que beaucoup d’agronomes jugent déjà vertueux en soi. On peut ne pas croire à la corne de vache et apprécier malgré tout le vigneron qui passe plus d’heures entre les rangs.

Le nature : un manifeste, pas une norme

« Nature » est le mot le plus puissant et le plus fragile. En Italie, il n’en existe aucune définition légale, pas plus qu’au niveau européen ; c’est précisément pour cela que l’écrire sur l’étiquette est un terrain glissant, et beaucoup de producteurs préfèrent en parler de vive voix ou laisser parler les salons. Ce sont les associations qui comblent le vide, comme VinNatur ou ViniVeri, chacune avec son propre cahier des charges : en gros, des raisins cultivés sans chimie de synthèse, des levures indigènes, aucune enzyme, des interventions minimales, des sulfites réduits ou absents.

La France a essayé de donner une forme à la question : en 2019, un syndicat de producteurs a créé le label privé « Vin méthode nature », que les autorités ont autorisé comme initiative privée. Il prévoit des raisins bio, une vendange manuelle, pas de levures sélectionnées et, dans sa version la plus rigoureuse, aucun sulfite ajouté. C’est un progrès en matière de transparence, mais cela reste une étiquette volontaire, non la définition d’une catégorie.

Sulfites et levures : là où la question devient concrète

Les sulfites sont le point le plus mal compris. La fermentation en produit elle-même une petite quantité, donc un vin vraiment « sans sulfites » est rare : l’expression honnête est « sans sulfites ajoutés ». En Europe, la mention « contient des sulfites » est obligatoire au-dessus de 10 mg/l, et figure donc aussi sur la plupart des vins bio, biodynamiques et nature. L’anhydride sulfureux sert à protéger le vin de l’oxydation et des microbes indésirables : en utiliser moins est un choix légitime, mais il comporte un risque accru, que le producteur doit compenser par des raisins sains et une cave impeccable.

Les levures indigènes, celles présentes sur les peaux et dans l’environnement de la cave, sont l’autre étendard. Elles peuvent donner des vins plus nuancés et plus liés au lieu ; elles peuvent aussi entraîner des fermentations lentes ou bloquées. Et c’est là que le discours sur les défauts devient inévitable. Acidité volatile élevée, notes de souris, senteurs de Brettanomyces, refermentations en bouteille : dans les vins à faible intervention, cela arrive plus souvent qu’ailleurs. Une partie du public les a rebaptisés « caractère », et parfois ils le sont vraiment. D’autres fois, ce ne sont que des erreurs, et aucune philosophie ne les rend bonnes.

Le bon mot pour chacun

Le problème n’est aucune des trois étiquettes, mais la façon dont nous les utilisons comme raccourcis moraux. Le bio est une garantie minimale et vérifiable, non un sceau de qualité. Le biodynamique est un pacte privé entre un producteur et un organisme, avec une vision du monde que tout le monde n’est pas tenu de partager. Le nature est un mouvement qui a eu l’immense mérite de remettre la vigne au centre et de secouer une œnologie devenue trop corrective, mais qui ne peut prétendre à une supériorité qu’aucune loi ne certifie.

Le conseil, s’il en faut un, est simple : lisez ces mots comme des informations, non comme des jugements. Un bon vin bio et un très mauvais vin nature peuvent se trouver sur le même rayon, et inversement. Au bout du compte, le seul cahier des charges qui compte vraiment est celui du verre.

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